American Gods épisode 1 : analyse et avis

Critique et Théories sur American Gods, une nouvelle série fantastique (doublement)

American Gods est une nouvelle série dont le premier épisode a été pour moi un gros coup de cœur. La série est diffusée en France sur Amazone Prime.

Cette vidéo et cet article sont destinés à ceux qui ont déjà vu le premier épisode et comportent des spoilers sur ce pilote.

Attention toutefois, petit mise en garde puisque cette série n’est pas du tout adaptée aux plus jeunes d’entre vous. Je pense qu’avoir au moins 15 ou 16 ans est préférable pour la regarder.

À vrai dire, depuis l’annonce de cette série, je l’attendais impatiemment. D’ailleurs je vous en parlais déjà il y a plus d’un an et demi dans le Top 15 des séries les plus attendues de 2016 (et 2017 en l’occurrence) !

Un astronaute crucifié… toute la bizarrerie envoûtante de la série en une image !

Comme vous le verrez dans ce top 15, American Gods est l’adaptation d’un roman fantastique de Neil Gaiman, une adaptation mené par le génial Bryan Fuller à qui l’ont doit déjà l’incroyable série Hannibal.

Je n’ai pas lu le livre et je ne pourrai donc pas le spoiler volontairement, même si j’essaierai parfois de deviner ce qu’on peut attendre de la suite de cette première saison qui comptera huit épisodes.

Le générique d’American Gods

Dès le générique, on sent qu’il y a du niveau. Le sens esthétique ultra poussé est une marque de fabrique de Bryan Fuller et on n’est pas déçu par cet assemblage aussi hétéroclite que fascinant d’imageries religieuses et technologiques bariolées et fantasmatiques.
Le tout est accompagné d’une bande-son un peu folle qui me fait penser à une autre série récente que j’ai beaucoup appréciée, Legion.
Alors, American Gods ça parle de qui et de quoi ?

L’aigle dominant cet étrange totem de croyances mêlées

Prologue viking

Pour savoir de quoi parle la série, on peut déjà s’appuyer sur son titre et sur le fascinant prologue de cet épisode pilote.
American Gods, les dieux américains. Voilà un titre étrange qui évoque une notion polythéiste dans un pays marqué par la forte domination du monothéisme chrétien et notamment protestant.

Le prologue nous montre un inconnu, de toute évidence un érudit, qui raconte le premier accostage des Etats-Unis par des Vikings.
On ignore comment il peut avoir une connaissance aussi précise de ces événements, qu’il date de l’année 813, mais on peut supposer qu’il ne s’agit pas d’un homme normal pour avoir accès à un tel savoir.

Quoi qu’il en soit, avec la mésaventure de ces Vikings obligés de entre-tuer pour obtenir le retour d’un vent favorable, Le ton est donné.
Ce sera une histoire qui s’intéressera aux dieux et à ce qu’ils attendent des humains pour répondre à leurs prières. Ce sera sans doute aussi une histoire sanglante !

Attention, ça va picoter.

Et le Dieu que ces Vikings perdus sur une terre hostile appellent à leur aide est évidemment Odin. Comme vous le savez certainement, Odin est le principal dieu de la mythologie nordique.

Il ne fait aucun doute que c’est lui que les Vikings invoquent lorsqu’ils font chacun le sacrifice de leur œil droit. En effet, dans la mythologie, Odin a lui-même décidé de sacrifier un œil afin d’accéder à une source de connaissances.

On pourrait déduire de ce prologue que le premier Dieu arrivé sur le territoire actuel des Etats-Unis est Odin, mais ce serait oublier la présence des Indiens d’Amérique.

Ce sont leurs Dieux ou plutôt leurs Esprits qui sont là depuis le plus longtemps. Le fait que Shadow Moon, le personnage principal, semble avoir du sang indien n’est sans doute pas innocent.

D’ailleurs, si on revient un instant au générique, la dernière image représente une sorte de totem couronné par un aigle, ce qui pourrait impliquer une forme de domination des esprits indiens.

En prison, ça pousse.

Shadow Moon, protagoniste principal d’American Gods

Le personnage central est donc Shadow Moon.

On apprend au fur et à mesure de l’épisode que ce prisonnier en fin de peine était un petit escroc, notamment doué pour les tours de passe-passe et qui faisait son business dans les casinos. Il a purgé trois ans sur une peine de six pour coups et blessures aggravés.

On peut clairement dire de Shadow Moon qu’il est un gros balèze, c’est un homme charismatique aux origines ethniques mélangées.
Si sa tête vous dit quelque chose, sachez que Le personnage est interprété par Ricky Whittle qui joue notamment dans la série The Hundred ou « Les 100 » si vous préférez.

Je ne sais pas si vous avez eu la même impression que moi, mais dès ce premier épisode, on dirait que Shadow Moon n’est pas un homme comme les autres.

Il semble avoir un don latent qui se ressent notamment quand il évoque un mauvais pressentiment, comme s’il allait neiger et que cela se confirme malheureusement avec l’annonce du décès de sa jeune épouse.

Même ses rêves semblent porteurs de pouvoir, à moins bien sûr que ces songes particuliers ne lui soient déjà envoyés par un dieu.
Ce qui est sûr, c’est qu’il apparaît d’emblée comme un personnage contradictoire et donc intéressant. Dans son premier dialogue avec un codétenu, il explique qu’il ne croit généralement que ce qu’il voit.

Pourtant, il croit aussi au mauvais pressentiment qu’il ressent, comme si une menace planait au-dessus de sa tête.

Le codétenu de Shadow Moon et son nom révélateur, qu’on ne dit pas dans la séire

Son compagnon de cellule est un personnage amusant avec ses conseils, notamment sur les hôtesses des aéroports. Il est interprété par l’excellent Jonathan Tucker qu’on peut voir notamment dans la série Kingdom.

On en sait peu sur lui pour le moment, mais si on consulte la liste des noms de personnage sur le net, on a potentiellement un bon spoiler à son sujet. Attention… le nom du personnage est L Je n’en parlerai pas dans la vidéo, mais pour ceux qui le souhaitent, on en discutera dans les commentaires.

Le premier songe

Pour revenir sur Shadow Moon, après avoir rêvé de son épouse, le songe change totalement et l’emmène au cœur d’une forêt inquiétante au sol recouvert d’ossements.
Voilà qui correspond au titre de ce premier épisode : The Bone Orchard qu’on pourrait traduire comme un jardin d’ossements.
Des branches semblent l’attaquer, mais elles se retirent ensuite pour révéler un arbre très particulier.

C’est coquet par chez vous

De mon point de vue, les branches ne l’attaquent pas vraiment, plutôt, elles goûtent son sang pour vérifier qu’il mérite bien d’accéder à l’arbre.

C’est alors qu’une corde prête pour une pendaison apparaît. Entre l’arbre et la corde, ceux qui connaissent bien la mythologie auront déjà reconnu des symboles essentiels.

Cet arbre est certainement l’arbre-monde, Yggdrasil, qu’on retrouve notamment dans les mythes nordiques, mais aussi dans bien d’autres. Cet arbre est le pilier de l’univers et aussi l’axe qui relie les différents mondes qui le composent.

Yggdrasil, l’arbre mythique, axe de l’univers…

On en revient à Odin, celui qu’on peut considérer, pour faire simple, comme le Dieu principal du panthéon Viking. En effet, Odin s’était pendu à Yggdrasil durant 9 jours, sans boire ni manger et avec une blessure causée par sa propre lance au côté. (On peut d’ailleurs remarquer les similitudes avec la crucifixion de Jésus).

Odin avait accepté d’endurer ce supplice afin de parvenir à percer le secret des Runes. En résumé, lorsque la corde est proposée à Shadow Moon, on suppose qu’il devra passer par des épreuves très rudes afin d’accéder à une forme de compréhension supérieure du monde.

Plus concrètement pour l’instant, Shadow Moon apprend la mort de son épouse et sa libération anticipée de quelques jours afin d’assister aux funérailles.

Mr Wednesday parle de la Foi.

Mr Wednesday

On pourrait toujours en dire plus et faire une vidéo de 30 minutes, mais ce n’est pas notre objectif, alors passons tout de suite au fascinant Mr Wednesday ou Monsieur Mercredi en français.

Shadow Moon le voit d’abord à l’œuvre au guichet de l’aéroport. Lorsqu’il le retrouve dans l’avion, car un siège surclassé lui est attribué par une hôtesse, il se retrouve assis à côté de ce drôle de lascar.

Evidemment, on comprend que tout cela n’est pas dû au hasard. Comme le dit Mr Wednesday, avec du temps, il finit généralement par obtenir ce qu’il veut.

Mais qui est donc cet homme ? C’est simple, en nous donnant son nom en fonction du jour de la semaine, il nous livre déjà la réponse.

L’étymologie de Wednesday est Woden’s day, sachant que Woden est le nom germanique du Dieu Odin. C’est donc bien l’incarnation d’Odin que rencontre Shadow Moon, en lien direct avec le prologue de l’épisode et ses vikings.

Minute culture : le mot mercredi provient du latin dies Mercurii, jour de Mercure, sachant que les Romains considéraient Odin comme la version germanique de Mercure ou encore Hermès pour les Grecs.

Le Ciel fascinant des songes de Shadow Moon

Et si vous avez encore un doute, cette évidence est ensuite confirmée lorsque Mr Wednesday fait référence à la sortie de prison du héros et le rassure en lui disant qu’il le sait car il a l’œil pour ce genre de chose, mais juste un œil.

On a donc bien affaire à Odin, le dieu borgne.

Pour en revenir à la scène de l’avion, on a donc Monsieur Mercredi qui propose un emploi à Shadow Moon, mais celui-ci refuse.
L’une des parties les plus importantes de ce dialogue concerne la foi et son application que fait le personnage à la technologie.
D’après lui, si les avions volent, ce n’est pas de la physique, c’est parce que les gens y croient.

Et ce qui importe ce n’est pas l’argent des gens, mais bien leur foi, c’est ça qui l’intéresse, et c’est plutôt normal pour un Dieu, non ?
Enfin, dans sa proposition d’emploi, Mr Wednesday conclue en disant qu’à la fin du boulot, Shadow Moon pourrait même finir Roi d’Amérique. On peut prendre ça au sens figuré bien sûr, mais peut-être aussi au sens propre.

Buffle ardent

Deuxième songe

Shadow Moon retourne en rêve auprès de l’arbre monde quand il s’endort dans l’avion. Cette fois il y rencontre un buffle majestueux aux yeux enflammés.

Avec la voix de Mr Wednesday, le buffle demande au héros de croire… Difficile d’extrapoler à ce sujet, mais on peut rappeler que le buffle a un rôle central dans la culture et les mythes des Indiens d’Amérique (Native Americans).

Bienvenue à Eagle Point.

Eagle Point

Shadow Moon se rend à Eagle Point, ce qui crée un lien avec l’aigle sur lequel se termine le générique d’introduction puisque Eagle Point était un lieu connu pour la nidification de ce rapace.

Bilquis

Ce premier épisode introduit également un personnage qui semble n’avoir aucun lien direct pour le moment avec l’histoire centrale si ce n’est le thème des Dieux adaptés au monde actuel.

Il s’agit de Bilquis, cette femme noire qui fait la connaissance d’un homme d’âge mur via un site de rencontre.

Bilquis rajeunie

Pas la peine de résumer ce qui se passe ensuite, mais, en gros, Bilquis semble être une déesse du sexe et de l’amour qui s’approprie entièrement cet homme en l’absorbant corps et âme. On remarquera d’ailleurs que la scène fait beaucoup penser à un accouchement inversé.

L’effet le plus direct semble de raviver sa jeunesse et sa vitalité. On le constate en scruant son visage, qu’elle observe elle-même avec fascination dans le miroir.

Le bar crocodile, Mad Sweeney et le deal

La transition visuelle avec le bar dominé par son immense gueule de crocodile est aussi géniale que fascinante.
Je ne vais pas raconter toute la scène du bar, mais simplement rappeler que deux événements majeurs s’y produisent.

Pour commencer, il s’agit bien sûr de la rencontre avec Mad Sweeney, cet irlandais de presque 2 mètres qui fait apparaître des pièces de nulle part et adore la bagarre.

Mad Sweeney Bagarreur

D’ailleurs, la scène de baston fait du bien et j’ai vraiment adoré l’effet visuel et audio autour du premier coup de poing porté par Shadow Moon par-dessus la table.

L’autre grand événement, c’est le marché finalement passé entre le héros et Mr Wednesday. Pas vraiment étonnant puisqu’Odin avait prévenu : il finit généralement par obtenir ce qu’il veut.

L’accord est scellé avec trois verres qui semblent clairement avoir une importance quasi rituelle pour le Dieu recruteur.

Shadow Moon et Audrey sur la tombe de Laura Moon.

L’enterrement, Audrey et la pièce d’or

J’irai encore plus vite en ce qui concerne l’enterrement. Audrey, la veuve de Robbie, apprend à Shadow Moon que leurs conjoints étaient amants et seraient morts ensemble et dans une situation compromettante dans l’accident de voiture.

Shadow Moon est un mec bien et il ne profite pas de la jolie Audrey malgré ses propositions désespérées et indécentes.
En revanche, la pièce d’or gagnée auprès du mystérieux irlandais s’enfonce dans la terre meuble couvrant la tombe et on peut supposer qu’elle aura un effet hors du commun.

Technical Boy, on adore déjà le détester.

Technical Boy

Alors qu’il quitte le cimetière à pied, Shadow Moon tombe dans un piège tendu par ce qui semble être un autre dieu, mais cette fois de la technologie.

C’est un croisement entre un casque de réalité virtuel et un facehugger d’Alien qui emporte Shadow Moon dans un monde parallèle.

Le discours de ce jeune dieu insupportable reste plutôt mystérieux pour le héros, mais il nous permet de comprendre entre les lignes que les dieux contemporains tels que lui n’ont plus besoin de prières pour obtenir la dévotion des foules.

L’entretien se finit plutôt mal puisque le héros est passé à tabac et pendu par de nombreux sbires du puissant dieu technologique.

Des méthodes bien plus pernicieuses seraient déployées pour accumuler la foi des fidèles inconscients. Voilà ce qu’il désigne en évoquant un changement de paradigme.

Le héros est toutefois sauvé in extremis, puisque la corde se rompt et que les hommes de main sont massacrés par une force inconnue.

Bienvenue dans le game !

Conclusion : un pilote splendide

Un mot de conclusion sur la mise en scène de ce pilote et ses effets visuels. Pour moi, c’était du grand art.
L’atmosphère est rendue de façon excellente, la bande-son contribue aussi à cette réussite, de même que l’interprétation des acteurs, notamment celle de Mr Wednesday par Ian Mac Shane.